Tu veux une glace ? Oui, mais qui paie ?

sur un fond jaune, quatre cornets de glace à une boule. De gauche à droite : couleur vanille, orange, rose, vert pistache

Cling ! Cling !

Mardi soir. La cloche du glacier ambulant a retenti dans le village. La camionnette vient se garer devant la maison. « Tu veux une glace ? » me demande mon beau-fils. Je nous ai déjà acheté des pâtisseries pour notre souper mais je sens qu’une glace lui ferait plaisir, réflexe pavlovien du mardi, alors je réponds oui. Les gâteaux seront mangés le lendemain.

Tu veux une glace ? Alors que c’est moi qui vais payer ! Cette formulation est une arnaque. Je l’entends en tant quel.
Ai-je envie de payer ?
Ai-je vraiment envie de payer ? Oui. Non.

Je vais devoir apprendre avec mon beau-fils à lui faire préciser : qui c’est qui paie ? Toi ou moi ? La voisine ? Il a couru lui demander si elle aussi voulait une glace ?

« Tu veux une glace » me renvoie à des scènes de l’enfance. Mais la formulation était plutôt « Est-ce que je peux avoir une glace ? » Ou alors c’étaient mes parents qui me disaient « Tu veux une glace ? » Je ne répondais jamais non à leur invitation. Par contre eux pouvaient me répondre non.

Mon beau-fils, dans sa formulation, ne cherche pas à me forcer la main ; il exprime juste une demande issue de son processus éducatif. Qui n’est pas le même que le mien. Par contre, j’ai pour ma part à lui exprimer mon dérangement émotionnel face à sa formulation qui met en avant ma potentielle envie et non la sienne (qui est plus grande que la mienne, les glaces étant de qualité moyenne) de crème glacée.

Est-ce que ça vous arrive aussi de ressentir un désaccord avec une formulation récurrente de vos enfants ou d’un proche, collègue de travail ?

C’est la première fois que je mets des mots sur ce que je ressens comme un disfonctionnement. Une nouvelle fois, je ne ressens pas qu’il me « manipule ». Il agit juste comme il agit avec sa mère qui ne trouve rien à y redire. Leur rapport mère-fils leur appartient et il ne m’appartient pas de le juger.
La seule « chose » qui importe est mon ressenti émotionnel à l’écoute de cette phrase « tu veux une glace ? » qui installe chez moi un état de méfiance. De restriction. Je dirais même qui me coupe l’appétit, l’envie de manger une glace. Et pourtant, j’aime ça…
Quelle est la scène originelle dans ma psyché ? Cette proposition de nourriture allégeant et que j’aurais au final à payer ? Là est la clé dans mon histoire de vie. Qui se rejoue avec mon beau-fils qui agit comme messager.

Ce type de séquence de remue-ménage émotionnel est l’occasion de nettoyer sa mémoire, d’aérer ses grenier-cave.
Dans mon histoire, j’ai vraiment commencé à apprécier la nourriture, manger, quand je me suis éloigné de ma famille. Quand j’ai pris mon indépendance. Enfant, les repas étaient une purge. Manger signifiait faire plaisir à ma mère. Mange bien et je t’aimerai. Une sentence, vraie ou fausse peu importe la réalité, c’est comme ça que je l’ai traduite, inscrite dans mon subconscient.
L’amour n’est pas gratuit : autre sentence que j’ai inscrite et qui a eu son impact dans mes relations amoureuses. L’amour n’est pas gratuit induit une fermeture émotionnelle au niveau du cœur, une incapacité viscérale au relâchement. Je l’ai ressenti cet été où à la fin d’un massage thérapeutique dans les bras d’un homme une peur a émergé. Et s’il abusait de moi ? Alors que je suis sans défense ? J’ai réussi à me laisser aller comme jamais, avec l’aide, le concours de ce praticien aimant mais au fond de moi, je l’ai bien senti, un œil de contrôle est resté ouvert. Mon corps n’a pas totalement lâché. La prochaine fois, peut-être…

Il est sage de saisir les messages émotionnels apparemment anodins de la vie au temps présent – tu veux une glace ? -. Mon beau-fils n’a aucunement conscience de ce que sa phrase machinale, répétée tous les mardis de l’année (sauf en hiver où le glacier stoppe sa tournée) génère chez moi. Il est juste (et c’est énorme) le messager, le postier qui vient me rappeler que j’ai un sujet de haute importance à régler. Pour pouvoir me libérer des griffes du passé et envisager la vie autrement.

Je vous livre en résumé un exercice lu dans le livre passionnant du Dr. Deepak Chopra « Un corps sans âge un esprit immortel » chez InterEditions.
Libérer vos interprétations :
1. Rendez-vous compte que vous faites une interprétation
2. Mettez entre parenthèses votre disposition mentale habituelle
3. Regardez la situation d’un œil neuf
4. Testez votre interprétation pour voir si elle est encore valide
5. Concentrez-vous sur le processus, non sur le résultat… je n’ai pas besoin de savoir où va la route pour la trouver belle.

Si comme moi, vous avez la chance de rencontrer des messagers sous l’apparence de beau-fils, de glacier ou de vendeur de frites, remerciez-le. Et bon travail !

 

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